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SUMMARY:Exposition de Léonard Bourgois Beaulieu\, Les vestiges indociles -
  Galerie Alain Gutharc
LOCATION:Galerie Alain Gutharc
DESCRIPTION:En 2012\, à la Villa Médicis\, j’ai travaillé à la chambr
 e comme on prélève : une architecture\, une terrasse\, un jardin\, des l
 ignes d’horizon. J’en rapportais des négatifs qui allaient connaître
  un…\n\n"En 2012\, à la Villa Médicis\, je photographiais la pierre.\n
 \nJe cherchais dans l’architecture quelque chose qui excède le monument
  : une matière ayant traversé le temps\, chargée par les usages\, les p
 résences et les regards successifs. La Villa m’apparaissait moins comme
  un édifice conservé que comme un corps ancien continuellement réactiv
 é par ceux qui le traversent. La pierre demeurait\, mais elle n’était 
 pas immobile. Elle accumulait.\n\nJe voulais soumettre mes négatifs à un
 e transformation comparable. Par mon procédé de lychenotypie\, leur surf
 ace était rendue vulnérable à l’humidité\, à la température\, aux 
 micro-organismes et aux minéraux. Il ne s’agissait plus seulement d’e
 nregistrer un lieu ancien\, mais de laisser le temps agir physiquement sur
  son image. Faire de la photographie non pas le constat d’un vestige\, m
 ais une matière susceptible\, elle aussi\, d’en devenir un.\n\nAu cours
  de ces prises de vue\, un groupe d’enfants est entré dans la Villa. Il
 s avaient des skateboards et un appareil photographique. Ils jouaient\, se
  photographiaient\, occupaient les espaces librement \; certains lavaient 
 leurs vêtements dans la vasque de la fontaine d’Hermès. Personne ne vi
 nt les interrompre.\n\nLeur présence introduisait une forme d’indiscipl
 ine dans ce lieu voué à la conservation. À la monumentalité de l’arc
 hitecture répondaient des gestes sans importance apparente : jouer\, glis
 ser\, poser\, laver un vêtement. Là où le monument organise habituellem
 ent une certaine distance entre le passé et celleux qui le regardent\, le
 s enfants abolissaient cette distance. Ils ne visitaient pas tout à fait 
 la Villa : ils l’habitaient momentanément. Leur désinvolture restituai
 t au lieu quelque chose de son présent.\n\nPuis ces photographies ont dis
 paru.\n\nLes négatifs ont été perdus pendant plus de dix ans. Avec eux 
 s’est effacé presque entièrement le souvenir de cette scène. De ce tr
 avail\, je ne conservais que l’idée de la pierre. Lorsque j’ai retrou
 vé les négatifs en 2025\, je n’ai donc pas simplement redécouvert des
  images oubliées : j’ai découvert des événements auxquels j’avais 
 assisté et dont ma mémoire ne portait plus la trace.\n\nCe déplacement 
 transforme aujourd’hui profondément le sens du travail.\n\nCe que je pe
 nsais avoir photographié\, la persistance de la pierre\, avait survécu d
 ans ma mémoire. Ce qui était vivant\, mobile\, accidentel\, les enfants 
 et leurs gestes\, en avait disparu. Mon amnésie avait opéré son propre 
 montage : elle avait conservé le monument et supprimé le vivant.\n\nPend
 ant ce même temps\, les négatifs avaient continué à se transformer. Le
 urs surfaces sont devenues dorées. Les contours se sont dissous. La peau
 \, la pierre\, les statues et les vêtements tendent désormais vers une m
 ême matière. Les visages ne sont plus identifiables. Ce qui avait été 
 conçu pour rendre l’image vivante l’a progressivement soustraite à s
 a fonction documentaire.\n\nLa photographie ne restitue donc plus intact c
 e que ma mémoire aurait perdu. Elle a elle-même oublié.\n\nMais son oub
 li est d’une autre nature. Là où la mémoire a retranché les enfants 
 du récit\, la matière photographique les a mêlés au lieu. Elle n’a p
 as effacé leur présence : elle l’a rendue indissociable de ce qui l’
 entoure.\n\nC’est peut-être là que se situe aujourd’hui Les Vestiges
  indociles.\n\nLe vestige n’est plus seulement la pierre ancienne que je
  cherchais à photographier en 2012. Il est aussi le négatif altéré\, l
 e souvenir défaillant\, le corps anonyme\, l’événement minuscule dont
  personne n’avait prévu la conservation. Il désigne ce qui demeure san
 s demeurer intact.\n\nLes enfants photographiés ce jour-là échappaient 
 déjà\, par leurs gestes\, à la conduite attendue dans un monument histo
 rique. Treize ans plus tard\, leurs images échappent à nouveau à toute 
 fixation : leurs identités disparaissent\, leurs corps se confondent avec
  l’architecture\, tandis que des gestes que j’avais moi-même oubliés
  refont surface.\n\nCes vestiges sont indociles parce qu’ils refusent la
  place qui leur avait été assignée.\n\nLa pierre cesse d’être seulem
 ent le passé.\nLa photographie cesse d’être seulement la mémoire.\nL
 ’altération cesse d’être seulement une perte.\n\nEt ce qui semblait 
 avoir disparu revient\, non pas intact\, mais transformé."\n\nCette expos
 ition s’inscrit au sein du parcours Photographie dans les galeries d’a
 rt \, organisé par le Comité Professionnel des Galeries d'Art .\n\nBolet
 os: https://openagenda.com/bicentenaire-photographie-fr/events/exposition-
 de-leonard-bourgois-beaulieu-galerie-alain-gutharc
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